Les grands groupes mauriciens regardent au-delà des frontières de l'île. Leurs activités internationales représentent désormais une part importante de leurs revenus et de leurs investissements. Du Kenya à Madagascar, en passant par l'Afrique de l'Est et l'océan Indien, les implantations se multiplient, car le marché mauricien est saturé. Une stratégie d'expansion qui permet aux entreprises mauriciennes de diversifier leurs revenus tout en s'appuyant sur leur connaissance des marchés africains.
De notre correspondant à Port-Louis,
Les derniers rapports annuels, publiés récemment, démontrent que l'activité internationale pèse désormais lourd dans les résultats des conglomérats mauriciens. Cette expansion répond à la contrainte d'un marché intérieur de petite taille. Mais elle traduit aussi une ambition : profiter de la croissance de marchés africains où les opportunités sont grandes.
« L'Afrique représente un marché important, avec une population jeune, des villes qui se développent, et beaucoup de besoins dans la finance, l'économie, l'immobilier, la technologie ou encore la distribution. C'est pour ça que les entreprises mauriciennes veulent diversifier leurs activités et ne pas dépendre uniquement de l'économie mauricienne », explique Tahir Wahab, analyste économique.
Pour ces groupes, l'enjeu est donc de trouver des marchés suffisamment vastes, tout en capitalisant sur une expérience acquise à Maurice. L'Afrique de l'Est constitue l'un des principaux terrains d'expansion. C'est le cas du groupe familial CIEL qui accélère sa présence sur le continent, avec des activités dans le textile, les services financiers, l'industrie sucrière et la santé. « L'Afrique de l'Est fait partie de notre trajectoire de croissance depuis plusieurs décennies, avec Madagascar dès les années 90 et puis l'Afrique de l'Est à partir des années 2000. Aujourd'hui, près de 60% de nos revenus sont générés en dehors de Maurice, principalement l'Afrique de l'Est et le reste provenant de l'Asie », explique Guillaume Dalais, directeur général de CIEL.
IBL suit une trajectoire comparable. Le groupe est notamment présent au Kenya dans la grande distribution avec Naivas, dont il a pris le contrôle en 2023, et qui compte aujourd'hui 114 supermarchés. Mais sa stratégie ne consiste pas uniquement à accumuler les participations, explique Michel Pilot, directeur des opérations d'IBL East Africa : « On n'est pas en train de délaisser notre cœur mauricien, loin de là, mais il faut aussi constater que notre stratégie Beyond Border fait qu'aujourd'hui, sur 124 milliards de roupies (2,33 milliards d'euros, NDLR), on a plus de la moitié de notre chiffre d'affaires qui est généré à l'étranger. La prochaine étape pour nous, c'est de mieux connecter ces investissements entre eux afin de créer une plateforme régionale qui partage nos savoir-faire et nos expertises. »
Cette implantation progressive donne aux groupes mauriciens une dimension nouvelle. Leur avantage ne repose pas seulement sur leurs capacités financières, mais aussi sur leur connaissance des marchés régionaux et leur aptitude à travailler avec des partenaires locaux.
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