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À la Johannesburg Stock Exchange, des innovations financières aux objectifs environnementaux [1/5]

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L’Afrique du Sud possède la plus grande place financière du continent africain avec sa Johannesburg Stock Exchange (JSE). Quelques 400 entreprises cotées, une capitalisation de 1 500 milliards de dollars, et de nouveaux produits qui voient régulièrement le jour. C’est le cas de cette nouvelle obligation verte, indexée sur des résultats environnementaux. Lancée en avril, elle doit lutter contre des plantes invasives qui colonisent les bassins versants autour du Cap. De notre correspondante à Johannesburg, Sur le parvis de la Johannesburg Stock Exchange (JSE), trône une statue contemporaine d’un combat entre un ours et un taureau, des animaux qui représentent, dans le monde financier, les cours à la hausse et à la baisse. « Nous nous trouvons au cœur du quartier d'affaires de Sandton, décrit Maurice Madiba, le directeur des marchés primaires, sur la rue Maude, que j’aime bien surnommer la "Wall Street" d’Afrique. » Dans le hall d’entrée, des écrans affichent les fluctuations des marchés et une corne de koudou repose sur un socle : elle retentit à chaque entrée en Bourse d’une entreprise. Mais Maurice Madiba est là pour présenter une nouvelle sorte de produit, afin d’améliorer les obligations vertes déjà existantes : des obligations liées aux résultats. « Les obligations traditionnelles rapportent un certain taux d’intérêt, d’un montant fixe chaque année. Mais ici, on établit un taux d’intérêt minimal, et si l’initiative financée est une réussite, les investisseurs empochent en plus un coupon de performance », explique-t-il. Et pour ce premier essai, les 2,5 milliards de rands (environ 134 millions d’euros) émis sur 5 ans par l’une des banques du pays auprès d’investisseurs doivent servir à nettoyer les zones de captage d’eau dans la région du Cap de toutes les plantes invasives qui épuisent les ressources. « La ville du Cap a besoin d’eau, et elle est prête à payer. Elle s'engage à rémunérer les gains en eau auprès de l’organisme qui nettoie. Plus le volume d’eau qui s'écoule vers l'aval est important, plus le projet génère de revenus, et plus les intérêts versés peuvent être élevés », détaille Maurice Madiba. À écouter dans Grand reportageFace au changement climatique, Le Cap peut-il montrer la voie? « Veut-on vraiment que le secteur privé fasse des profits sur une crise qu’il a aidé à créer ? » Ces travaux d’élimination des plantes invasives, dont les résultats seront mesurés régulièrement par des experts indépendants, sont menés par l’ONG internationale The Nature Conservancy. « Jusqu’à présent, les investissements étaient insuffisants. Et on parle de financements innovants depuis des années, mais nous n'avions pas encore réussi à quantifier les bénéfices apportés par la nature. Cette approche nous fait passer d'un financement traditionnel, par projet et à court terme, à un modèle de long terme, capable de changer d’échelle », analyse Louise Stafford, la directrice locale de l’ONG. Mais le chercheur en économie politique à l’Université de Johannesburg (UJ) Patrick Bond met en garde, de façon globale, contre cette financiarisation de la protection de l’environnement. « Veut-on vraiment que le secteur privé fasse des profits sur une crise qu’il a aidé à créer ? Laisser des banquiers résoudre cette crise alors qu’ils ne sont même pas capables de maîtriser l'instabilité de leurs propres marchés, c’est de la folie », s’inquiète-t-il. Si ce produit financier est considéré comme une réussite, d’autres obligations de ce type pourraient suivre selon les acteurs du secteur. À lire aussiComment déceler (et contrecarrer) l'écoblanchiment?

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